.

LES LANGUES LOCALES: UNE PORTE D'ENTREE METHODOLOGIQUE PRIVILEGIEE PAR LA RADIO RURALE DE KAYES POUR UN DEVELOPPEMENT ENDOGENE DU MONDE RURAL

Radio Rurale de Kayes Mali

En 1982 la coopération italienne met en route un « programme sahélien » pour intervenir dans les pays du sahel frappés par la sécheresse. On demande alors aux gouvernements du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso et du Niger d’indiquer dans leur pays une zone sur laquelle il serait possible de démarrer un programme de développement rural intégré. Au Mali le choix se porte sur la région de Kayes. Ainsi en 1987 un programme d’animation et de formation pour le développement rural y démarre. Deux organisations non gouvernementales italiennes TERRANUOVA et GAO sont les promoteurs et les responsables de la gestion de ce programme optent pour une radio rurale plutôt que pour un système classique d’encadrement du monde paysan. Cette option est fondée non seulement sur des considérations politiques, mais aussi sur la situation géographique, sociale et économique de la région.
L’implantation de la Radio Rurale de Kayes se justifie largement quand on sait que la zone à couvrir est située aux frontières de Sénégal et de la Mauritanie comprenant environ 400 villages où vivent plus de 700 000 personnes devant affronter les dures conditions de la bande sahélienne : sécheresse, érosion, avancé du désert et surtout enclavement. Les 400 villages qui se partagent le territoire de la région ne sont reliés que par des pistes en saison sèche ; ces pistes sont impraticables pendant la l’hivernage. C’est pourquoi les animateurs chargés d’encadrement faute de moyens de transport adéquats limitent leurs activités aux quelques villages accessibles.

La situation sociale
Peuplée majoritairement de soninké, de bambara, de khassonké de peul, la région de Kayes connaît depuis les années 60 des grandes migrations vers la France. Ce dynamisme social est à l’origine d’une ouverture culturelle propre à faciliter l’action d’une Radio Rurale.
La Situation économique
L’activité économique des villages est basée essentiellement sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, tributaire des conditions climatiques, et essentiellement orientée vers la subsistance. La survie des populations est surtout assurée par des émigrés, qui soutiennent les familles d’origine. Aussi organisés en associations villageoises ou fédérations, les migrants, et les populations locales ont promu une série d’interventions dans tous les secteurs (périmètres, puits, santé, école, mosquée) la plupart des villages disposent à l’étranger d’une association d’émigrés soutenant les initiatives locales de développement social. Il convient de promouvoir et de soutenir ces actions isolées de développement par l’appui des émissions radiophoniques. Ces émissions permettront non seulement de faire connaître les investissements sociaux et productifs réalisés mais aussi d’inciter d’autres. Mieux l’utilité de ces investissement est prouvée par les populations elles mêmes à travers le canal de la radio.

Acteurs
La RADIO RURALE de KAYES (RRK) instrument de sensibilisation d’information de formation d’éducation et de développement du monde rural, était l’élément principal du « programme d’animation et de formation pour le développement rural » lancée en 1987 par deux ONG GAO et TERRA NUOVA avec le soutien de la coopération italienne.
Ce programme avait été mis au point à partir de l’approche de l’ONG GAO de la communication pour le développement d’une part ; et d’autre part sur la base de recherches au niveau local et national sur les conditions socio-économiques de la région de Kayes, et sur la politique agricole du Mali.
Constituée en 1985 à l’initiative d’un groupe de chercheurs et enseignants du département de sociologie et sciences politiques de l’université de Calabre, l’ONG GAO donne à la communication une place privilégiée en tant que facteur important pour l’élargissement et le renforcement des relations entre les projets impliqués dans un processus de développement.

Les principes généraux de G.A.O assument les forces sociales comme sujets actifs du processus de communication et non comme simples récepteurs (cibles). La transmission des éléments de support de développement se base sur les notions d’information, de promotion, et de sensibilisation qui remplacent la notion classique d’encadrement. Les « savoirs techniques » ne doivent être donnés que selon la demande sociale. Cela implique une rupture avec la notion de communication unidirectionnelle des « savants » aux « ignorants » Mais cela signifie aussi la valorisation des savoirs techniques à condition de répondre utilement et efficacement aux nécessités socialement exprimées.
Enfin pour l’ONG G.A.O., les projets sont conçus à moyen ou long terme en tenant compte de la prise en charge par les forces locales comme conditions de réussite.
Des recherches menées au niveau national et local, il ressortait clairement un cadre d’initiatives au niveau local soutenu principalement par les populations rurales et le soutien efficace des émigrés aux différentes activités. Par ailleurs il ressortait un manque d’encadrement cohérent de la part de l’administration.
Dans un tel contexte, initié par l’ONG. GAO, le projet de Radio Rurale a été défini par le slogan « une radio pour et par les paysans ». Ce qui fût finalement accepté par les autorités administratives qui ont adopté une attitude de tolérance envers une expérience qui paraissait étrange, mais qui correspondait aux idées de décentralisation et de responsabilisation paysanne.

Le ministre de l’information accorde finalement l’autorisation d’émettre à une époque où l’Etat exerçait le monopole de la communication radiophonique. La radio d’Etat, la Radio télévision du Mali assure une collaboration au niveau technique avec le détachement de trois techniciens et le support du responsable de la section Animation Rurale. Ainsi le 1er août 1988, démarrent les émissions de la Radio Rurale de Kayes. Une radio apte à donner la parole aux paysans et à soutenir le développement du monde rural.
S’il est vrai que la pluie arrose la campagne pour les paysans, que l’herbe pousse sur la terre pour les bergers, que l’eau coule dans les fleuves pour les pêcheurs, alors la Radio Rurale de Kayes, elle aussi transmet pour vous paysans, bergers, et pêcheurs… C’est ainsi que commence la chanson de SIRIMAN SISSOKO, griot KHASSONKE qui avec la cora sert d’indicatif aux émissions de la Radio Rurale.

Les Soutiens financiers
L’appui financier de la coopération italienne à la Radio s’achève le 7 février 1989. Eu égard aux acquis du projet (le volume de productions radiophoniques, l’enthousiasme et l’intérêt manifeste des populations associations, l’accueil favorable des services techniques et le soutien des autorités nationales et locales) le gouvernement du Mali a soumis une requête de financement relative à la prolongation du volet radio rurale. Dans l’attente d’une réponse du gouvernement italien l’ONG. G.A.O qui avait investi des ressources propres de février 1989 à août 1989 a indiqué que ses fonds ne lui permettent plus de soutenir la radio.
A l’époque deux alternatives se présentaient :
Fermer la Radio en attendant des fonds de l’Italie.
Continuer les émissions en mobilisant des ressources locales et nationales.
C’est la dernière alternative qui a été retenue et qui marque le début de la gestion associative de la Radio. Quatre associations de prestige Comme DJAMA DJIGUI, ORDIK appuyées par le GRDR. UTPADE et URCAK constituent un comité de gestion en vue de gérer la radio Rurale. Il arrive à mobiliser les ressources locales et nationales Chaque association consent verser une cotisation mensuelle, à ces cotisations s’ajoutent l’appui des populations paysannes. Par ailleurs les associations d’émigrés en France se mobilisent pour soutenir la Radio.
En janvier 1992 l’Association des radiodiffuseurs de Kayes pour le développement rural est créée ; et le 23août 1999 ont eu lieu la conclusion du projet de soutien à la RADIO RURALE de Kayes et la remise définitive des biens à l’association de gestion de la Radio. Ainsi les responsabilités de l’association sont nettement plus accrues. L’ARKDR se compose de 15 associations et ONG actives dans la région de Kayes. Elle est dirigée par un conseil d’administration et un comité de gestion. L’ARKDR arrive aujourd’hui à mobiliser des partenaires potentiels conformément aux principes de base du projet. La Radio bénéficie aujourd’hui :
des appuis de l’Etat ;
des apports financiers des partenaires extérieurs et des bailleurs de fonds en vue du développement des localités ;
des recettes provenant des annonces et Radio services, des manifestations socioculturelles, d’autres activités promues par la Radio (location des chambres de passage).
Les ressources mobilisables par la communauté des auditeurs peuvent atteindre 3 600 000 F CFA par an.
Les ressources mobilisables dans son environnement économique par an peuvent s’élever à 26 000 000 F CFA.

Soutien Technique
La radio rurale émet sur une zone de 150 km à 250 km selon l’orientation des antennes ou la situation géographique. 70% du financement italien est employé pour la mise en place des infrastructures .Aussi l’appui de la Région Ile de France ; des jardins de Cocagne et ont permis de doter la Radio de relais réémetteur à Diafounou (Dougoubara Yélimané) ; Guidimaxa (Bountinguisse) qui couvre une partie de la Mauritanie et à Gadiaga (Tafacirga) qui couvre également la partie Sénégalaise.

La Production
La méthodologie adoptée pour la réalisation des programmes et l’organisation de la structure ressortent de l’évaluation des résultats obtenus par les différentes radios rurales constituées après les années 70, aussi bien que reconnaissance des limites des conceptions directives d’encadrement ou des orientations classiques de participation stimulée par les experts.
Les activités de la Radio Rurale de Kayes résultent d’un rapport inter actif entre les populations concernées, véritables connaisseurs des besoins et des intérêts du monde rural, et les techniciens compétents, identifiés en fonction des besoins exprimés à la base. Dans ce contexte les spécialistes de la communication pour le développement doivent avoir un rôle innovateur, pour assurer la réalisation de ce rapport interactif.

La production des programmes se base sur des principes cohérents avec les objectifs du projet
1- La Radio Rurale de Kayes émet seulement en langues locales, les programmes sont réalisés en langue soninké (principale langue au niveau local), Bamanan, Khassonké et poular
2- Les thèmes des émissions déjà produites diffusés ou à diffuser concernent les secteurs prioritaires du développement rural :

Economie : Secteur très varié en programmes : agriculture, élevage, pêche, reboisement, environnement
Socio culturel : Histoires, contes, légende, chants, théâtres, musique, décentralisation
Santé : Pathologie, programme élargi de vaccination, PMI, alimentation, hygiène, assainissement, médecine traditionnelle.
3- Alphabétisation de base et fonctionnelle en vue de soutenir l’auto identification culturelle des populations et les capacités de gestion.
4- Migration et développement : soutien et accompagnement des initiatives des migrants (témoignage des investissements réalisés).

Les producteurs radiophoniques sont recrutés dans le milieu même au niveau des associations de base et des services techniques, en fonction de la capacité de communication et de connaissance des thèmes en rapport avec les programmes de production. Leur formation est réalisée au niveau théorique et pratique, à travers le suivi des programmes de la part des experts de communication qui appuient la structure de la radio. Une équipe centrale assure la coordination des agents de production sur le terrain.
La Radio Rurale de Kayes, de façon légitime doit répondre aux besoins et préoccupations des populations rurales en leur donnant la parole, en traitant des thèmes qu’elles jugent prioritaires. C’est pour cela que nous estimons que la Radio Rurale de Kayes est et doit être à l’écoute du monde rural avec et pour qui elle travaille.
6-Impact des programmes
Il s’agit de savoir, de mesurer l’utilité de la Radio rurale de Kayes en rapport avec la vie quotidienne des auditeurs, autrement dit, qu’est ce qu’ils font de l’usage de la Radio Rurale et quel rapport concret a cet usage dans leur vie de tous les jours. A ce propos les données de l’étude de l’auditoire réalisée par N’Golo COULIBALY (dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée « La Radio Rurale au Mali : Perspectives de décentralisation et participation) révèlent que 97% des personnes enquêtées tirent profit des émissions de la Radio Rurale.

7-Ce qu’il faut pour démarrer une radio rurale
Après avoir déterminé :
1°) la zone de couverture de la radio (sud mauritanien)
2°) défini le format de la radio : Radio Rurale dont la mission est « de porter un plaidoyer sur la nécessité de construire et mettre en place une politique agricole incitative et, dans le même temps, de diffuser le contenu des textes de lois relatifs à la question de l’accès et de la gestion des « ressources naturelles » (foncier, eau) »
3°) Il faut opter pour le statut juridique qui détermine le mode de gestion de la radio
4°) Chercher l’autorisation d’émettre (obtenir la fréquence)
5°) Choisir le site il est recommandé d’installer l’émetteur sur un point géographique le plus haut possible pour augmenter la capacité de diffusion
6°) Assurer l’autonomie de la radio par rapport aux aléas ou au manque d’électricité
7°) Faire un bon choix des équipements de production et de diffusion
En fin Il convient d’insister sur la spécificité de la production radiophonique d’une radio rurale, qui doit être conçue et orientée de façon à traduire les préoccupations des populations et à répondre à leurs besoins en information et en communication. Il s’agit de faire en sorte que la radio donne l’information dont les populations ont besoin et qu’elle soit prête à recevoir ; et de les permettre de discuter et d’exprimer leur point de vue sur les questions qui les concernent. C’est pourquoi la radio doit s’appuyer sur des expériences de développement.

Ecoutez La Radio

Soutenir la Radio

Currency:
Amount: